Par Jocelyn Godson HÉRARD Elle est là, dans une vidéo que tu as peut-être reçue, regardée, commentée. Elle ne te parle pas, elle ne te regarde pas, et pourtant tu la scrutes. Tu décides de ce qu’elle vaut, tu fais rouler ses gestes sur ton écran, tu fais d’elle un objet. Mais ce que tu ne vois pas, c’est la nuit d’après. Ce que tu ne vois pas, c’est la gorge nouée, les mains tremblantes, le cœur au bord du gouffre. Ce que tu ne vois pas, c’est une jeune fille trahie par la main même qui aurait dû la protéger, livrée en pâture à une société malade de voyeurisme, malade de cruauté. Et pendant que certains rient, d’autres jugent. Les gens sont devenus des juges sans robe, des bourreaux sans corde, des spectateurs sans pitié. On parle d’elle comme d’un phénomène. On l’analyse. On la dévore. Et jamais on ne se demande comment elle dort. S’il lui reste un endroit où elle se sent encore en sécurité. Si elle a pensé à en finir. Et pourtant, tout le monde a une sœur, une cousine, une amie....