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Ce que tu n’as pas vu dans cette vidéo : une jeune fille, une vie, une blessure qu’on ne filme pas



Par Jocelyn Godson HÉRARD 



Elle est là, dans une vidéo que tu as peut-être reçue, regardée, commentée. Elle ne te parle pas, elle ne te regarde pas, et pourtant tu la scrutes. Tu décides de ce qu’elle vaut, tu fais rouler ses gestes sur ton écran, tu fais d’elle un objet.

Mais ce que tu ne vois pas, c’est la nuit d’après.

Ce que tu ne vois pas, c’est la gorge nouée, les mains tremblantes, le cœur au bord du gouffre. Ce que tu ne vois pas, c’est une jeune fille trahie par la main même qui aurait dû la protéger, livrée en pâture à une société malade de voyeurisme, malade de cruauté.


Et pendant que certains rient, d’autres jugent. Les gens sont devenus des juges sans robe, des bourreaux sans corde, des spectateurs sans pitié. On parle d’elle comme d’un phénomène. On l’analyse. On la dévore. Et jamais on ne se demande comment elle dort. S’il lui reste un endroit où elle se sent encore en sécurité. Si elle a pensé à en finir.

Et pourtant, tout le monde a une sœur, une cousine, une amie. Et pourtant, tout le monde croit être à l’abri. Jusqu’au jour où la vidéo ne montre plus une fille, mais la tienne. Jusqu’au jour où le nom prononcé dans les rumeurs est le tien.


La vérité, c’est que nous avons collectivement échoué.

Nous avons échoué à éduquer nos garçons à aimer avec respect.

Nous avons échoué à enseigner que le consentement n’est pas une option.

Nous avons échoué à faire comprendre que le corps d’autrui n’est pas un trophée, pas un divertissement.

Et plus encore, nous avons échoué à protéger.


Tu sais, ce que tu regardes pendant trois minutes, c’est peut-être le moment où toute une vie se brise. Tu appelles ça un "scandale", moi j'appelle ça une agression. Tu dis "elle l’a bien cherché", moi je dis "elle a été trahie". Tu veux rire, moi j’ai envie de pleurer. Et de crier.


Car cette fille-là, elle est ta semblable. Elle aurait pu être toi. Elle aurait pu être moi. Elle est tombée dans un piège tendu par quelqu’un qui a voulu posséder son intimité comme un trophée, et qui, dans un monde plus sain, serait puni, banni, poursuivi. Mais dans ce monde-ci, c’est elle qu’on regarde avec mépris. Comme si sa nudité, volée, la définissait. Comme si le problème, c’était son corps, et non le crime.


Je veux qu’on l’entende : tu n’es pas sale, tu n’es pas fautive, tu n’es pas ce que ces images veulent faire de toi.

Tu es une jeune femme à qui on a arraché un morceau d’âme. Mais tu peux te reconstruire.

Tu es une rose qu’on a piétinée, mais qui porte encore l’odeur du courage.

Et il y a, dans cette foule silencieuse, des voix comme la mienne qui te regardent avec tendresse, avec respect, avec la promesse de ne jamais détourner les yeux de ton humanité.


Tu n’es pas seule.

Et si le monde te tourne le dos aujourd’hui, sois certaine que demain, c’est lui qui devra baisser les yeux.


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